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19 février 2008

Un phénomène bien franco-français: la supervision, ou les coaches de coaches

Si vous tapez les 2 termes "coach" et "supervison" dans Google, vous obtenez près de 500.000 résultats. Incroyable, non? Vous pouvez ensuite approfondir votre recherche et constater que toutes ces belles pages sont, à de très rares exceptions près, en français. Certains sites vont même jusqu'à proposer du "méta coaching".

Je pense donc pouvoir affirmer que la supervision de coaches est un phénomène bien franco-français.

Les expressions utilisées ont souvent tendance à m'énerver. Certains proposent par exemple du méta-coaching. Alors, à
quand le méga-méta-coaching? Ou le méta-coaching de méga-coaches? Et puisqu'il y a des superviseurs, comment se fait-il qu'eux n'aient apparemment pas besoin de méta-superviseurs ou de superviseurs de superviseurs? Et y aura-t-il un jour des méta-méta-superviseurs, un peu comme la boucle d'oreille de la Vache-Qui-Rit, qui contient une autre boucle d'oreille d'une autre Vache-Qui-Rit, et ainsi de suite?

Le site de la SF-Coach mentionne "
Vous savez que la Société française de coaching exige qu'un coach ait un lien de supervision pour être titularisé, et l'on a bien raison. (...) A vrai dire, la technique de la supervision ne s'applique pas seulement au coaching. Elle est fréquente, on le sait, dans les " métiers de la relation " (psychologues, travailleurs sociaux, psychiatres, etc.). Elle est exigée par toutes les écoles de psychanalyse dans la formation des analystes, parallèlement à la formation théorique et la cure personnelle." Tout d'abord, je me demande bien qui est ce "on" qui "a bien raison". Et puis, justement, les coaches ne sont ni des travailleurs sociaux, ni des psychologues ou psychiatres qui, eux, travaillent sur des pathologies et problèmes divers, souvent très lourds. De plus, il est quand même grand temps que les coaches français arrêtent de se référer à la psychanalyse. Il est même dangereux d'associer ces deux techniques, qui à mon avis doivent rester bien séparées, vu qu'elles traitent de problématiques diamétralement opposées (notamment la focalisation vers le passé dans un cas et du présent vers le futur dans l'autre) et en utilisant des outils qui n'ont pas grand chose en commun. Je comprends la pertinence d'avoir une supervision en tant que psychanalyste. Et alors? En quoi est-ce que l'on peut en déduire que les coaches doivent eux aussi avoir une supervision, même s'ils n'en éprouvent pas le besoin?

Par ailleurs, en quoi les gourous qui s'auto-proclament "superviseurs" ou "méta-coaches" sont-ils particulièrement qualifiés pour se désigner comme tels, mis à part qu'ils étaient les premiers sur le marché? Là-dessus, c'est le silence radio total. Néanmoins, en lisant entre les lignes, il semble que les premiers coaches qui se soient établis en France aient éprouvé, comme par hasard, le besoin d'ériger en principe que tout nouveau coach ayant l'audace de s'établir ensuite sur le même terrain soit obligé de se faire superviser par un "ancien", permettant ainsi d'arrondir les fins de mois de ce dernier.

Tout cela ne relèverait-il pas alors d'une simple histoire de gros sous, et de défense de territoire?

Par ailleurs, en quoi un coach qui a été formé il y a 15 ou 20 ans, à une époque où le coaching et les formations au coaching étaient encore relativement sous-développés en France, est-il de ce fait particulièrement apte à "superviser" des personnes ayant été formées à des techniques de coaching plus récentes et pointues? Cela reviendrait à affirmer que l'ancienneté est une qualité, or ce serait justement la négation du coaching, basé sur le changement, le renouvellement et l'évolution.

Du côté des nouveaux coaches, il est aussi intéressant de se demander si le besoin qu'ils éprouvent éventuellement d'avoir un soutien en se lançant comme coaches ne provient pas tout simplement pas du fait qu'ils ont été mal ou insuffisamment formés au coaching? Et que la plupart des écoles se gardent bien de leur enseigner ne serait-ce que les rudiments du marketing et de la communication, ayant été elles-mêmes créées par des personnes qui voyaient dans la création de la n-ième école de coaching le moyen le plus simple pour vivre de ce métier?

Aux Etats-Unis, je pense que la plupart des coaches ne comprendraient même pas le terme "supervision" s'il était associé à leur métier. Le coaching est par essence un outil basé sur l'autonomie et l'auto-responsabilité. Il s'adresse par ailleurs à des clients qui, partant d'une situation présente, souhaitent atteindre certains objectifs qui, si le coach fait bien son travail, sont bien définis et assortis d'une stratégie permettant de les atteindre pas à pas. Ceux qui veulent fourrager dans leur passé pour comprendre certains problèmes ne s'adressent pas à des coaches, mais à des thérapeutes, et il est du devoir des coaches de leur transférer de telles demandes.

Par ailleurs, aux USA, les coaches qui réussissent sont de moins en moins des généralistes. Ils sont au contraire très axés sur 1 ou 2 spécialisations, 3 au maximum. Par conséquent, ils épouvent généralement le besoin de continuer à se former en permanence dans les domaines correspondants à ce qu'ils appellent leur "niches", ou créneaux - ainsi que dans un domaine indispensable pour réussir aux Etats-Unis et ailleurs, le marketing et ses multiples aspects. Il y a ainsi un échange et un transfert de connaissances qui se fait en permanence, car les coaches vont souvent suivre des programmes de coaching et des télé-formations chez d'autres coaches, en fonction de leurs intérêts et besoins du moment.

Je crois donc que le métier de coach exige de poursuivre des apprentissages et formations très diverses en permanence, et cela en plus des techniques de coaching proprement dites.

Alors comment se fait-il que les superviseurs de coaches auto-proclamés ne mentionnent pas cette nécessité de la formation continue?


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1 comments:

V.S. MARTIN a dit…

J'apprécie le courage de cet article qui ose dénoncer le sectarisme de certaines associations dirigées par des pseudos-coachs auto-proclamés.
J'apprécie également le courage de l'auteur d'affirmer, que cela n'en déplaise, que la supervision est une réalité commerciale plutôt qu'une nécessité professionnelle.
De même, il n'existe aucune référence au concept de "transfert et contre-transfert" dans la littérature internationale. Est-ce à dire que les coachs étrangers sont moins compétents que les français ou bien que les français sont tellement "imbibés" de psychanalyse qu'ils interprètent tout à travers cette grille de lecture sans se demander si c'est opportun. A quand le transfert de la boulangère, du dentiste ou du chauffeur de taxi?
Il est temps d'ouvrir les yeux et de voir le monde sans l'œillère psychanalytique: un autre monde est possible...
Cependant, je concède l'importance d'un travail sur soi car le coaching ne doit pas être non plus un lieu de d'expression de sa névrose pour le coach. De plus, le coach risquerait de se voir instrumentalisé par son client et de finir par faire partie du problème plutôt que de la solution dans une logique systémique.
Par ailleurs, chaque coach doit pouvoir avoir un lieu de parole, sous forme d'intervision (et non de supervision) pour être capable de prendre du recul et ou d'analyser sa pratique.
J'approuve également le besoin de formation initiale et continue pour intervenir dans un secteur de pointe en pleine évolution.

Si vous êtes coach, quels sont vos types de clients? (Réponses multiples possibles)

Pour les coaches: par quel(s) moyen(s) pratiquez-vous le coaching? (Plusieurs réponses possibles)

Pour les coaches: quel pourcentage de votre temps de travail total le coaching "pur" représente-t-il? (hors formations, conseil, etc. - une seule réponse possible)

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